Les chiens profitaient de l’été, alternant siestes à l’ombre des pins parasols et courses folles dans le parc des chevaux
Dallas, pourtant toujours fringuant, commença par manger avec moins d’entrain. Connaissant la dureté des huskies, je me suis tout de suite inquiétée! Des analyses sanguines presque normales montrèrent simplement un taux anormal de globules blancs. Bien que sous antibiotiques, il perdit en quelques jours l’appétit et eu des diarrhées avec du sang. A la palpation, Philippe lui sentit les ganglions un peu gros près des intestins mais les radios ne donnèrent rien. Nous décidâmes de l’opérer et ce que je craignais se confirma; il avait une tumeur cancéreuse qui prenait une partie de l’intestin!
L’ analyse de la dite tumeur conclut à un lymphome grave qu’il fallait traiter par chimiothérapie. Dallas vivait désormais avec nous. Habituellement tueur sanguinaire des chats et autres petits animaux, il avait bien compris que la chatte maine coon Chaussette et le chat de Julie Seven faisaient partis de la famille. Il les regardait de travers passer et repasser près de lui mais n’y touchait pas. Alors qu’il se remettait de son intervention et qu’il remangeait assez bien, nous avons commencé le traitement de chimio. Les premiers jours, il ne semblait pas en souffrir mais très vite, il ne mangea plus, ne voulait même plus boire, vomissait de la bile et restait prostré. Nous l’avons mis sous perfusion permanente pour le nourrir et le réhydrater. Ses analyses étaient catastrophiques; il n’avait plus aucun globules blancs, il était anémié et au bout de 10 jours, il n’y avait pas d’amélioration .
Il était devenu extrêmement maigre mais il gardait son oeil vif lorsqu’il me regardait… Nous avons cru à une récidive du cancer et je l’ai emmené à Marseille voir un as de l’échographie qui me redonna espoir. Il me confirma que les intestins étaient bien, il n’y avait pas de récidive mais il ne supportait pas la chimio. Il fallait tout arrêter et essayer de le remonter en le nourrissant coûte que coûte.
Il lui fallait un peu de temps pour éliminer les méfaits de la chimiothérapie et j’avais trouvé un gel hyper protéiné, hyper calorique et plein de vitamines que je lui administrais dans la gueule.
Il recommença à boire au bout de quelques jours et à manger au bout d’une semaine. je lui faisais du poulet rôti , du jambon, des petits dés de fromages…Il mangeait de petites quantités et je complétais avec mes tubes.
J’étais pleine d’espoir mais une grosse infection due à son manque de globules blancs le terrassa à nouveau . Il fallut lui administrer de grosses doses d’antibiotiques. Croyant le cancer jugulé, je voulais l’aider à tout pris à remonter la pente. Il était content de toute l’attention que la famille lui portait et son regard ne trahissait jamais de lassitude, même dans les pires moments de faiblesse. Comme sur les courses, il ne se décourageait pas , il luttait à mes côtés, peut être parce qu’il sentait que je voulais le sauver.
C »était difficile de savoir s’il souffrait s’ il fallait l’aider à partir ou s’il fallait continuer . cette question me torturait l’esprit. Dallas avait pris ses petites habitudes dans le jardin pendant la journée; le matin vers les chiots et les chats, le midi sous un pin non loin de la terrasse où nous mangions, en fin d’après midi, il m’accompagnait près du chenil, et le soir, il se couchait devant notre porte fenêtre, attendant que nous venions nous coucher…!! Les analyses étaient assez bonnes et on avait jugulé le début de septicémie mais l’appétit ne revenait pas vraiment (il mangeait peu malgré les mets alléchants) et ce sont les tubes de protéines que je lui donnais qui le maintenait. Il y a une semaine, l’appétit s’est à nouveau détérioré et à la palpation abdominale on sentait des tumeurs partout…. le cancer avait récidivé et flambé en quelques jours.. la question ne se posait plus; il fallait le laisser partir tranquillement et nous avons arrêté toute forme de traitement; C’était une question de jour, il ne mangeait plus rien et j’espérais qu’il partirait en douceur.
C’était un chien si dur; il a lutté, comme toujours, pour que la mort ne l’emporte pas alors qu’il était si faible; son regard vers moi n’avait pas changé; emprunt de force, d’intelligence et de bonté. Ce même regard que j’ai croisé en Janvier 2005 lorsque Reijo Jaskailainen me l’a donné sur la première édition de la LGO. Au moment où je l’ai vu, j’ai su tout de suite que nous aurions une relation particulière et qu’il serait mon chien de tête.
J’ai finalement décidé, pour être digne de son courage et de la confiance sans borne qu’il mettait en moi, de l’aider à rejoindre son frère dans les étoiles…
Dallas n’avait pas encore 10 ans; il restera dans mon coeur et le souvenir des milliers de kilomètres parcourus ensembles seront gravés dans ma mémoire…