Compte rendu de la Finnmarkslopet 2014

 

La veille du départ, nous sommes conviés au banquet d’ouverture qui est  grandiose. !! 1400 personnes servies à table pendant un spectacle durant lequel nous aurons la remise des dossards sur la scène ! le principal sponsor de la course, Sparebank , la banque du nord de la Norvège, a mis des moyens énormes dans cette course et a convié 700 collaborateurs à cette grande fête ainsi qu’au départ de la course!

1ère Etape :  ALTA – JOATKA   50 kms

Le Départ se déroule dans le centre de la Ville d’Alta, enneigé pour l’occasion.

Le temps très doux et le manque cruel de neige ces dernières semaines rendent la  piste d’Alta au Re- start   plutôt délicate car c’est de la glace vive sur la rivière !  Les concurrents de la Finnmarkslopet 100O doivent prendre un VIP dans leur traineau avec 8 ou 10 chiens pendant 15 Kms puis on attèle les autres chiens et on repart exactement deux heures après notre départ initial ,pour Joatka qui est le premier checkpoint.

 Je n’ai pas de traineau en bois pour transporter une personne et une musheuse professionnelle d’Alta m’en a prêté un, mais il est très léger et très démantibulé !!! Philippe me le consolide avec quelques cordages et je décide de partir avec 8 chiens.

Compte tenu du nombre important de concurrents avec les deux courses ; la 500 et la 1000  (environ 150)  et comme je pars dans les derniers, nous sommes à plus d’un  kilomètre du départ !!  Les départs sont toutes les minutes mais l’organisation est parfaitement rôdée ;  de nombreux  bénévoles avec des quads nous y emmènent en toute sécurité ; cela échauffe les chiens et leur permet de faire leurs crottes !!!

Mon passager est un monsieur,(assez lourd !!) qui habite Kirkénès et qui va souvent en vacances à Sainte Maxime !!! Noud avons donc  plein de choses à nous dire !!!

Arrivée à Sorrisniva,  nous avons une heure avant le restart ; Il faut changer de traineau, atteler les 14 chiens  et mettre les bottines. Lennu , un des chiens que j’ai acheté, est un « line terrorist » comme dit Reijo et je n’ai pas reçu les lignes de dos câblées que j’ai commandé à mon sponsor Swisscool Mushing. En quelques secondes, il me sectionne les lignes de dos des chiens devant.  Heureusement , J’ai une cargaison de lignes d’avance…. Et je les change dans la précipitation !!

©Destination Laponie - Olivier Anrigo-1

En attendant le restart

Nous entamons immédiatement la montée vers Joatka et serpentons dans les collines encore boisées. La piste est assez mauvaise avec d’énormes trous dans les descentes à cause du nombre important de concurrents passés avant. Les chiens chutent souvent dans ces trous et j’ai peur pour leurs épaules .  Plus haut, dans les montagnes, la piste devient plus dure et les trous plus rares.  Quand j’arrive à Joatka à la tombée de la nuit, les chiens ont un bon rythme. Après avoir signé, je pars immédiatement car les 58 kms suivants se déroulent dans les montagnes et ils ont annoncé à la météo une Alerte tempête sur toute la région du Finnmark….

2 ème Etape :  JOATKA – SKOGANVARRE    58  Kms

Il neige et le vent commence à souffler  assez fort ; heureusement il est de trois quart arrière et ne nous gène pas trop.  Nous montons toujours dans les montagnes et les chiens courent de manière très régulière. Je me dis à ce moment là que la météo a exagéré un peu et je pense arriver à Skoganvarre ver 22h.

P1020681Nous rattrapons  plusieurs attelages en arrivant à Joatka

Le vent souffle de plus en plus et la neige fine mais humide tombe fort ; on ne distingue plus la piste mais on arrive encore à voir les sticks et je dirige Colima tant bien que mal .  Tout d’un coup , ne sachant trop où aller, je m’arrête et Lennu sectionne à nouveau les ligne de dos ; le temps de les changer , la tempête s’accentue et Colima fait demi tour .  Je lui ordonne de reprendre le bon chemin , ce qu’elle fait mais mes deux ancres sont coincées sous le traineau , dans le frein ! Les chiens  continuent au galop  dans la tempête et impossible pour moi de dégager les ancres qui freinent énormément leur rythme et les décourage certainement !  Je vais faire plusieurs kilomètres ainsi et le vent souffle de plus en plus fort…  J’arrive enfin à m’arrêter pour remettre mes ancres et Roger Dahl, un musher très réputé d’Alta, arrive et je lui demande de m’attendre mais il ne le fera pas… Le vent devient incroyable et je ne distingue plus rien devant moi, ni piste, ni sticks.  On essaye de continuer  encore quelques centaines de mètres mais comme la neige est dure partout, on se dévie de la piste sans s’en rendre compte. Je décide donc de m’arrêter avant de me perdre trop !! Les chiens, sans doute par instinct de survie, se regroupent tous les uns  contre les autres et se couchent en rond dans la neige ;  quant à moi , je suis jetée à terre par les rafales et j’ai du mal à me relever !!!! J’enfile mon sac de survie et je me cale par terre, dos au vent, derrière mon traineau…

La neige est humide et elle s’amoncelle vite en paquet sur nous.  A un moment, j’ai du mal à soulever mes jambes tellement  je suis vite ensevelie ; du coup, je secoue les jambes tous les 1/4 d’ heure !

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A L’intérieur de mon sac de survie , pendant la tempête…

Au bout de trois heures, il me semble qu’il y a une accalmie et Je décide d’essayer de repartir .  Tous les chiens sont sous une trentaine de centimètres de neige compacte , on ne distingue que de vagues bosses .

 je vois tout à coup une silhouette de chien avec le cou et la tête  allongés sous la neige et je panique car je crois que le chien est mort étouffé ; je crie pour les réveiller et je vois ma petite Elite relever péniblement sa tête en se secouant !! tout va bien !!! ils sortent tous peu à peu  de leur gangue de neige !!!! je les ré-attelle et  j’aperçois à  quelques dizaines de mètres une frontale ; je me dirige à pied avec mes chiens de tête vers cette frontale et j’aperçois un stick de la piste ! le musher a fait comme moi et essaie de repartir à la faveur de cette légère accalmie. Il  prend  la piste en sens inverse et je lui dit qu’il se trompe  mais il ne veut rien savoir et continue dans le mauvais sens…. Les chiens sont excités car cela fait trois heures qu’ils étaient arrêtés mais la tempête reprend d’autant plus de vigueur et on ne voit pas à plus de deux mètres… impossible de voir le prochain stick , les chiens derrière veulent partir mais devant, nous ne savons pas où aller… Aston et Averel, énervés, se battent , Lennu me sectionne encore des lignes de dos… j’ai tout le mal du monde à leur faire comprendre que finalement nous ne pouvons pas repartir…. Pendant ce temps, la tempête  est encore plus déchainée ;  c’est  vraiment impressionnant et les chiens se recouchent . Je suis trempée jusqu’au os , je me réenfile dans mon sac de survie, lui aussi trempé, et nous attendons encore trois heures…. Le jour commence à poindre et le vent faiblit un peu ; j’arrive enfin à distinguer les reflecteurs des sticks avec ma frontale  et cette fois, nous allons pouvoir y aller. Le temps de préparer les chiens, je vois un attelage arriver au loin ; c’est le musher qui n’avait pas voulu m’écouter et qui réapparait, cette fois dans le bon sens !!!  Nous partons l’un derrière l’autre sur la piste et j’aperçois  dans la montagne de nombreuses lueurs de frontales des mushers perdus et bloqués !!! Je sillonne sur le sommet de la montagne durant une bonne demi heure avant de redescendre dans des collines plus abritées .  A une demi heure près,  les autres mushers sont passés au travers de cette terrible tempête mais pour ceux qui , comme moi, étaient au sommet de la montagne, c’était l’enfer !!!!

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Nous arrivons finalement à Skonganvarre avec 7 heures de retard sur l’heure prévue ; la stake out sur la rivière baigne dans l’eau mais je décide de leur laisser quand même 5 heures de repos, cette expérience étant particulièrement stressante pour les jeunes et pour les chiens de Reijo qui ne me connaissent pas encore bien et que j’avais plus de mal à rassurer !!

Roger Dahl, le musher d’ Alta qui a fait la finnmark 21 fois et qui l’a remportée 11 fois arrive une demi heure après moi : interwievé, il déclare qu’il n’a jamais connu de toute sa carrière une tempête aussi violente….

3ème Etape : SKOGANVARRE – LEVAJOK   78  Kms  annoncés mais 85 kms en réalité!

L’équipe vétérinaire est nombreuse cette année, (22 vétos)  et ils examinent les chiens à chaque arrivée.   Je leur signale Tyee qui me semble raide ; il est tombé dans plusieurs gros trous au début et ils n’a pas beaucoup tiré sur la fin de l’étape.  Ils ne trouvent rien mais  au moment de repartir, je l’examine et il a mal au dos ; je décide donc de le laisser à Philippe car il a 9 ans  .

Cette étape se déroule aussi dans les montagnes ; malgré quelques rayons de soleil, nous aurons quand même pas mal de vent  sur certaines parties. On sent les chiens sur le qui-vive ; ils ont peur de retrouver les même conditions que cette nuit !!

 Comme il fait très doux,  la neige est transformée et la piste est très dure, ce qui est mauvais pour les poignets des chiens. La descente vers le checkpoint est longue et  cassante ; il faut aller très doucement et freiner pour éviter les blessures.

J’arrive à Lévajok à 18h après 7 heures de course

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4ème Etape : LEVAJOK – TANA       117 kms

Deux vétérinaires ont examiné tous mes chiens à mon arrivée à Levajok et les ont trouvé en très bonne forme.  Erreur de ma part de leur avoir fait confiance… lorsque je me prépare à atteler , Everest est boiteux !! C’est un poignet que j’aurrai pû soigner en arrivant si je l’avais décelé…. Je décide donc de le dropper et je repars avec 12 chiens à 2h et demi du matin, en retard sur ce que j’avais prévu.

Encore et toujours de la montagne et un temps toujours trop doux : les chiens ont chaud et mangent sans cesse de la neige.

Il y a encore des gros trous dans les descentes et j’entends un claquement sous mes pieds. Je regarde et m’aperçois que la corde qui relie  mon traineau aux chiens vient de casser net sur un côté. Je suis obligée de m’arrêter pour faire une réparation de fortune.  Une heure plus tard, dans un autre trou , un deuxième claquement ; c’est l’autre côté qui est arraché.  Si elles avaient cédé en même temps, mes chiens partaient seuls et je me retrouvaient stoppée sur mon traineau, sans eux !!!! Je m’arrête à nouveau et répare mon traineau avec une épaisse corde creuse qui me sert en principe à m’attacher au checkpoint !

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Du coup, beaucoup de temps perdu et une fin d’étape qui semble bien longue avec les 10 derniers kilomètres sur la rivière Tana complètement verglacée et un vent fort de face.  J’arrive à midi après 9h de course

 Irkku, la chienne que j’ai prise chez Reijo Jaskalainen a fait un travail formidable, toujours tendue , à fond,  pendant ces 300 premiers kms.  Je décide de la dropper  car elle n’a pas eu l’entrainement adéquat

  Aston n’a pas trop tiré  durant cette étape, et pour cause : durant sa courte bagarre avec Averel pendant la tempête, il a pris un coup de croc sur le poignet, qui  est bien gonflé à l’arrivée sur Tana ; je le droppe également

  Bien qu’habituellement on prend le repos de 16h à Neiden, je décide de le prendre, comme un certain nombre d’autres attelages, à Tana car les chiens, et surtout les jeunes , ont quand même été éprouvés par la tempête de la première étape !

©Destination Laponie - Olivier Anrigo-8

5ème Etape : TANA – NEIDEN   94 kms

Je me prépare pour partir à 4h du matin et j’examine tous mes chiens ;  Alta a une bonne contracture au triceps malgré les massages. Compte tenu de ses 9 ans, je ne veux pas risquer qu’elle s’abime son muscle même si, à chaud,   ça va mieux ; je la laisse à Philippe.

Je repars donc avec 9 chiens.  Le temps s’est découvert et il fait très chaud. Durant le début de la nuit, il a plût, ensuite tout a gelé  Les chaines de montagne brillent intensément car toute la neige est gelée. La piste est verglacée et les chiens ont du mal à s’hydrater car il ne peuvent pas attraper de neige.   Je suis obligée de m’arrêter souvent pour qu’ils croquent la glace.

Elite et Dakota  en tête sont en pleine  forme et accélèrent comme des folles par moments car on croise plusieurs troupeaux de rennes. Je suis obligée de les freiner car elles m’épuisent ceux qui sont derrière !!  Lennu, le mâle de trois ans  que j’ai acheté à Reijo et qui  ne s’économise pas,  commence à avoir quelques signes de  fatigue, surtout lorsque mes filles  vont très  vite ! Il a plus que prouvé ses immenses qualités et la course s’arrêtera là pour lui. Pas question de profiter de son tempérament !

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A fond derrière les rennes!!!!

La descente sur Neiden est , comme tous les accès aux checkpoints, accidentée et cassante .  Je dois beaucoup freiner Elite et Dakota qui ne semblent pas affectées par les kilomètres parcourus !!

J’arrive  à Neiden à 11h après 7 heures sur la piste

6ème Etape : NEIDEN – KIRKENES   75  kms

Lorsque j’examine mes  chiens avant de partir, je trouve que Mac a des allures qui ne sont pas fluides  mais je n’arrive pas à déceler pourquoi. Les poignets sont OK, les muscles ne sont pas durs alors c’est peut être un problème d’épaule.   Dans le doute, je le laisse à Philippe et part avec 7 chiens : Elite, Dakota, Cocaine, Colima , Géna, Averel et Ginga qui vient de chez Reijo.  La piste est complètement gelée et il est très difficile pour moi d’aider les chiens. Nous traversons de nombreuses collines avec des côtes raides. Mon team principalement composé de femelles a du mal à tirer le traineau chargé dans ces montées et je glisse sur la glace sans cesse.  Par moment ,  nous reculons avant d’atteindre le sommet des côtes !!!! Mon genou opéré il n’y a que 4 mois commence à   être douloureux  au niveau de la greffe du ligament ; il faut que je me ménage…

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Glace vive sur les lacs et les rivières…

Si nous perdons beaucoup de temps dans les côtes, les chiens ont un excellent rythme sur les parties plates et c’est un plaisir de les sentir tous travailler  avec une telle intensité !! Ginga ne semble pas éprouvé par le manque d’entrainement spécifique ! Ce chien est  un phénomène !!!

 Les lueurs de la ville sont proches mais ce n’est pas encore Kirkénès et les derniers 20 kms semblent longs ! La neige commence à retomber abondamment mais les chiens accélèrent soudainement ; Nous ratrappons un attelage ; Il s’agit de François Pagnoux  et de ses 11 puissants alaskans.  Je le double mais il y a des côtes raides et  je n’arrive pas à le distancer .  Sur le dernier lac avant l’arrivée, il tente de me redoubler mais mes petites femelles accélèrent systématiquement pour l’en empêcher !!!  Nous arrivons  à Kirkénès à 1hdu matin et traversons les rues de la ville endormie pour rejoindre le checkpoint au Ricahotel .

Après avoir nourri, massé et mis les manteaux,  nous allons grignoté et dormir quelques heures.

Je ne trouve pas le sommeil car je  dois prendre la bonne décision pour la suite de la course…. Une étape de 125 kms avec beaucoup de dénivelés nous attend. Les chiens vont bien mais Ginga a déjà fait un exploit  de faire ces premiers 500 kms .  Je ne l’ai que depuis trois semaines et je ne peux pas profiter de son courage  en sachant qu’il n’a pas eu l’entrainement adéquat pour cette course si difficile.  Géna tire comme un mâle depuis le début, elle ne se ménage pas et avec un attelage aussi réduit, je ne veux pas risquer de la dégouter.  Seuls Colima, Dakota, Cocaine Elite et Averel sont parfaitement aptes à continuer . Je suis là pour tester les chiens, pas pour les pousser…

Je décide de les préserver et d’arrêter là l’aventure !  Le véritable objectif est l’Iditarod l’année prochaine !

J’ai déjà terminé cette Finnmarkslopet 1000 il y a 4 ans, dans des conditions  difficiles car il faisait – 35°, mes chiens avaient contracté une gastro et j’avais eu une bonne tempête pour ma dernière étape !!

Cette année, aucun attelage de huskies sur les 5  qui ont pris le départ n’a terminé  la course,  seuls 19 concurrents sur les 54 partants ont franchis la ligne d’arrivée, avec des attelages très réduits de 6 ou 7 chiens !!

Quant à moi, je ne pensais pas, de toute manière,  pouvoir finir cette course compte tenu d’une préparation trop juste cette année, de mon genou fraichement opéré et des nouveaux chiens  qui n’avaient pas  l’entrainement   suffisant pour une course de longue distance aussi difficile.

 J’aurais pû faire la finnmarkslopet 500 mais je préférais  partir sur la 1000 avec 14 chiens car c’était plus facile pour les jeunes et les petits nouveaux  d’être testés avec des chiens de métier comme Aston, Colima, Dakota, Cocaine, , Averel Alta et Tyee !!

Elite , Colima , Dakota, Cocaine et Averel, ont confirmé leur expérience et leurs immenses capacités. Everest, et Aston quant à eux, ont été victimes de malchance avec des bobos qui auraient facilement pû être évités.

Je suis très fière des performances et du courage de Mac, Genna, Irkku, Lennu et Ginga pour qui c’était leur première course !!!!!  Ils ont prouvés qu’ils ont toutes les capacités de s’attaquer l’année prochaine à la plus longue et la plus prestigieuse course de longue distance : l’Iditarod en Alaska et ses 1800 kms !!!

©Destination Laponie - Olivier Anrigo -16