FEMUNDLOPET 400 – 2011

Cette année, la Femundlopet était aussi  le premier championnat du monde de longue distance . Du coup, cette course qui est habituellement très populaire,  a enregistré  un nombre record de participants, dont 130 dans la catégorie 400kms -8 chiens avec 24 attelages de nordiques!

Le départ, programmé à midi le Vendredi 4 février, était donné toutes les minutes. Nous étions parqué en fonction de notre horaire de départ et une organisation réglée comme du papier à musique  a permis un déroulement parfait du démarrage de la course. De nombreux bénévoles venaient chercher chaque musher pour l’emmener sur la ligne en toute sécurité. Je partais en 80 ème position et Sandrine en 124 ème , soit 43 minutes après moi, ce qui lui laissait largement le temps de se préparer.

La première étape de 70 kms était vallonnée, avec beaucoup de trous profonds et une neige lourde et collante. Il faisait chaud ( -1°) et les chiens n’avaient pas de rythme. Tyee semblait assez mal, mangeait de la neige sans cesse et avait un ventre énorme; J’ai dû m’arrêter pour le mettre derrière et le remplacer en tête par Alta. Au bout de 50 kilomètres, Dargo boite d’un antérieur; c’est un chien lourd et avec les trous , j’ai peur qu’il ne soit blessé à une épaule…

A Tusfingdalen, il y a un arrêt obligatoire de 2 heures plus le temps qui vous sépare du dernier parti. Ceci afin de remettre tous les concurrents sur le même horaire et la course est ensuite en temps réel. La premier, qui est parti 129 minutes avant le dernier va s’arrêter 2 heures + 129 minutes  , c’est à dire 4h19 en tout. Le dernier parti ne s’arrête que 2 heures. pour ma part; partie en 80ème position sur 130, je dois m’arrêter 2H49 et Sandrine, partie 124, doit s’arrêter 2H 05 . Ceux qui sont partis en premier sont avantagés car ils ont donc un moment de  repos plus important. Dans une longue distance, le temps de repos est indissociable du temps de course: le vainqueur est le premier arrivé, et pas , comme dans une épreuve de mid-distance: le cumul des temps qu’il a mis par manche. Certains mushers se gargarisent des temps effectués durant la manche , mais sortis de leur contexte, ces temps n’ont aucune valeur!! Lors de la finnmarkslopet 1000 l’an dernier, comme je donnais beaucoup de repos à mes chiens , mon temps de course total fut le même que celui de la très connue Nina Skamstrad  et sur certaines étapes , je mettais une heure à Robert Sorlie!!!…….!

ARRIVEE A TUSFINGDALEN des premiers attelages de nordiques:

Cato Lunde en               4h51        1er Nordique       et 24 au général

Isabelle en                     5H27       2ème nordique   et 70 au général

Catherine Mathis en   5h32       3ème nordique et   81 au général

Kim Dulk en                  5h36       4ème  nordique et  87 au général

Keijo Korpela en          5h46        5ème nordique et 97 au général

Je repars pour la seconde étape après mon temps d’arrêt obligatoire avec 7 chiens: les vétérinaires de la course ont examiné Dargo et lui ont trouvé une inflammation du poignet: malgré le wrap et les massages, il est encore boiteux. Quant à Tyee, trois vétérinaires se sont penchés sur lui, et ne trouvent aucune raison pour laquelle il  court mal et a un gros ventre si ce n’est une virose qui le mine… Je le réattelle donc dans l’espoir qu’il aille mieux… Cette étape est assez bonne, il fait moins chaud car nous sommes de nuit et il y a moins de trous. il y a beaucoup de lac mais les conditions ne sont pas mauvaises , pas d’eau et une piste pas trop lourde. Je rattrappe deux attelages qui ont des huskies mais qui ne sont pas dans le classement nordiques, Johannes Sundby et Ulf Hope et nous faisons un bon bout de chemin ensembles. Dans les 15 derniers Kilomètres, dans une forêt où le trail est très étroit, il y a un énorme emmêlement entre trois attelages qui se doublaient et nous sommes deux attelages à attendre au moins 10 minutes! les chiens sont hyper excités et il faut accrocher les ancres aux arbres! Petit à petit, les attelages derrière commencent à arriver et nous sommes nombreux coincés là! J’arrive finalement sans encombre à Drevjo et je me demande dans quel état va être Sandrine: il y a eu une petite montagne à gravir et la piste n’est pas damée: c’est pratiquement impossible de faire ces étapes sans aider les chiens et avec son mollet, il lui est très difficile de les aider…

ARRIVEE A DREVJO

Cato Lunde    samedi à    02h28      1er nordique et 48 au général

Isabelle                               03h15       2ème nordique et 70 au général

Catherine Mathis            03h17        3ème nordique et 75 au général

Kim Dulk                           03h19     4ème nordique et 76 au général

Pascal Rebord                  03h 35      5ème nordique et 86 au général

Quand j’arrive à Drevjo, Philippe m’apprend que Dargo n’a pas de problème au poignet mais une petite contracture au triceps qui le faisait boiter à froid et il aurait pû continuer sans problème. je suis énervée car Tyee n’est pas beaucoup mieux et Colima n’est pas dans son assiette non plus… l’emmêlement qui m’a retardé ne me laisse pas beaucoup d’avance sur mes poursuivants en huskies et Cato Lunde garde une confortable avance  grâce à son temps très rapide de la première manche. J’hésite à faire mon arrêt de 8 heures ici ou  partir assez rapidement et reprendre les rênes de la course.  Certains mushers qui ont des huskies me demandent combien de temps je m’arrête et  je leur réponds que je ne sais pas!!  Toute la stratégie d’une course de longue distance est dans la gestion de la prise des repos et il ne faut pas la dévoiler aux concurrents! Philippe me conseille de prendre les 8 heures à Drevjo comme les chiens ne sont pas en forme mais je préfère les prendre à  Sovollen  car il y a 90 Kms ensuite avec de grosses montées sur la portion Tynset-Tolga. De plus, compte tenu des chiens qui ne vont pas comme d’habitude, le seul moyen de me maintenir dans la tête du peloton, c’est de creuser l’écart maintenant. Je décide donc de m’arrêter que deux heures, pour snacker les chiens, changer les bottines et me nourrir. Je suis inquiète pour Sandrine qui n’arrive pas et j’essaies de lui téléphoner à plusieurs reprises sans succès. Elle arrive finalement juste avant que je ne reparte . Elle est contente de ses chiens et de tout le travail qu’ils ont fourni puisqu’elle ne pouvait pas les aider. Elle est obligée d’abandonner ici car elle ne pourra jamais monter à Sovollen sans risquer de se faire une rupture du muscle du mollet.

Je repars à 05h20 pour l’étape suivante. Beaucoup de montées et de montagne mais cette année , le temps est clément. il n’y ni neige ni vent et je peux admirer le lever du soleil sur ces « fjells » magnifiques! 4 ans plus tôt, sur la femund 600, j’avais été prise dans une violente tempête sur ces montagnes, en pleine nuit. Je m’était perdue et avait dû attendre 4 heures que la tempête faiblisse …

Les chiens n’avancent pas . Tyee est toujours l’ombre de lui même, Colima, ma leader, boite d’un antérieur, puis c’est au tour d’Aston … Sur la descente vers le checkpoint de Sovollen, je freine tout le temps pour préserver mes boiteux. je m’arrange que les chiens soient au petit trot, ce qui n’est pas bon pour ma moyenne!!! Les huit heures de repos obligatoire vont être salutaires pour soigner les poignets et contractures ….

ARRIVEE A SOVOLLEN

Isabelle           samedi      à     11h51     1ère nordique et 33 au général

Sigmund Alhaug  à                12h35     2ème nordique et 34 au général

Catherine Mathis à               12h56     3ème nordique et 36 au général

Agneta Nilson      à               13h01     4ème nordique  et 37 au général

Pascal Rebord      à               13h16    5ème nordique et   40 au général

Après avoir soigné et nourri les chiens , je vais m’allonger pour essayer de dormir un peu mais je ne trouverai pas le sommeil malgré la fatigue. Je suis inquiète pour mes chiens. Au bout de 6 heures, je retourne près d’eux pour fair un bilan de leur état et savoir si je continue… Je les promène un à un. Colima et Aston ne semblent plus boiter des antérieurs. Durant la finnamrkslopet 1000, Cocaine avait eu un problème de poignet au bout de 300 kms; après massages et wrap, elle avait terminé  les 700 kms qui restaient sans nouvelle boiterie!  Je suis donc assez confiante pour eux.  Tyee est très raide, il n’arrête pas de faire pipi et n’a pas bon oeil. Un vétérinaire me l’examine et ne sait pas trop quoi me dire. je vais quand même le garder car c’est mon chien de tête avec Colima… Alta est raide aussi mais ce sont des contractures aux cuisses qui devraient disparaitre à chaud. Cocaine, Averel et Golja vont bien. Pendant ce temps, Cato Lunde et Kim Dulk partent  pour les 90 kms qui mènent à  Tolga afin d’avoir de l’avance sur moi.

Je pars à 19h51 avec mes 7chiens. Nous entamons une très longue descente vers Tynset; Il y a des trous et ce n’est pas la piste idéale pour des chiens qui ont des poignets fragilisés.  Colima et Aston se remettent à boiter assez rapidement et Tyee se fait trainer dans toutes les descentes… Je suis obligée d’aller au ralenti et  fait toutes les descentes au petit trot. Je me traîne sur cette étape qui devrait être rapide… c’est extrêmement frustrant! mais ce qui est important, ce sont les chiens, pas la course! Les « murs » de la piste entre Tynset et Tolga sont éprouvants, et j’arrive dépitée à Tolga. Il ne serait pas raisonnable de partir pour la dernière étape avec des chiens mal en point. Il le ferait, c’est sûr; ils sont tellement courageux et dévoués, mais à quel prix. De toute façon, Tyee est de moins en moins bien et je ne peux pas le laisser dans le team. Aston boite beaucoup et il est raide de l’arrière train; il faut le laisser aussi . Si je veux finir, il me faut 5 chiens et je devrais donc garder Colima en tête mais je risque d’hypothéquer toute sa vie de chien de course avec un poignet que l’on sollicite alors qu’il est inflammatoire.  La dernière étape est loin d’être de tout repos puisqu’il y a deux chaînes de montagne à traverser. C’est terrible de prendre la décision d’abandonner après tant de sacrifices, et de travail. Je suis très fière de mes chiens qui, malgré leur état, me permette d’être encore dans dans le peloton de tête. Par respect pour eux, ma décision est prise; je scratche… Il est 4h du matin; cela fait deux jours que je n’ai pas fermé l’oeil et j’ai aidé de mon mieux les chiens sur la piste. Je suis crevée mais je décide de reprendre la route aussitôt. Sandrine et moi rangeons le matériel pendant que Philippe dort une petite heure dans le 4X4 et nous quittons Tolga pour la France… Philippe pense que ces problèmes musculaires et tendineux sont consécutifs à la virose que nous avons sans doute contracté 10 jours plus tôt. Virose dont nous ne saurons ni l’origine ni ce que c’était vraiment. C’est la dure loi de ce genre de course qui ne tolère aucun « a peu près » . Les chiens doivent être au top sinon ils le payent…

ARRIVEE A TOLGA

Cato Lunde   Dimanche 02h18        1er nordique et 47 au général

Kim Dulk                         02h54          2ème nordique et 53 au général

Isabelle                             03h25         3ème nordique et 55 au général

Catherine Mathis           03h45         4ème nordique et 57 au général

Sigmund Alhaug             04h15         5ème nordique et 59 au général