FINNMAKSLOPET 500 – 2007

1ère étape: Alta- Joatka  53 Kms

Nous traversons la ville  sous les acclamations de nombreux spectateurs. La finnmarkslopet est une course très populaire en Norvège et des membres du gouvernement font le déplacement, chaque année, pour assister au départ! Les vingt premiers kilomètres de la piste sont tracés sur la rivière gelée d’Alta. Puis j’entame une montée raide vers les plateaux qui nous emmènent à Joatka. Le courant du Golf stream remonte jusqu’ici et la mer n’est pas gelée alors qu’elle est gelée 1400 kms plus au sud à Helsinki! Le climat est très changeant, avec des variations de températures importantes sur quelques heures. Il peut pleuvoir  et faire -40°C peu de temps après. Est ce à cause du climat ou des embruns, mais la neige  est très particulière, comme nulle part ailleurs. Elle est comme du gros sel, formée de cristaux de glace très abrasifs pour les pattes des chiens et ne se tassent pas. Les chiens s’enfoncent à chaque pas, ils perdent rapidement toutes leurs bottines  et j’ai du mal à les aider dans cette mélasse! Je m’arrête dès que je peux pour remettre des bottines aux chiens qui ont les pattes fragiles. Les montées sont très raides. Niagara, en tête avec Dallas, n’est pas très motivée sur cette piste. Je la remplace finalement par Sandra, la chienne que j’ai achetée chez Reijo. Je snacke après  3 heures et demi de course et arrive à Joatka à 18h 07 . Je signe la feuille d’arrivée et décide de repartir immédiatement pour les 60 kms suivant. La plupart des mushers ne s’ arrêtent pas à ce checkpoint. Il est en montagne et les handlers n’y ont pas accès. Les chiens sont encore frais.

 
  Départ…

2ème étape: Joatka- Skogonvarre  60 Kms

 

    Nous continuons notre montée vers  une chaîne de montagne désertique et ventée. La piste est toujours aussi molle, surtout que les nombreux attelages passés devant moi l’ont complètement brassée.  Il y a des centaines de bottines perdues qui jonchent la piste. Les mushers ont botté tous leurs chiens  à cause de cette mauvaise neige, mais ils s’enfoncent tellement  que les bottines ne tiennent pas!  J’évolue plusieurs heures sur ce haut plateau avant d’entamer la descente sur le checkpoint. La descente est très longue, très raide, et la piste complètement défoncée par les attelages précédents. Il faut freiner tout le temps car les chiens tombent souvent dans les trous comblés de neige poudreuse et risquent à tout moment de se blesser une épaule ou un poignet. J’arrive à Skoganvarre à  23h26 après 9h45 de course et décide de m’arrêter 6 heures pour que les chiens récupèrent. Contrairement à la Femund, les handlers n’ont pas accès à la stake-out  et ce sont les  membres de l’organisation qui nous aident à  nous placer.

Départ après 5h de repos…

3ème étape: Skoganvarre- Lévajok  86 Kms

 

    Je repart à 5 heures 14 du matin après avoir dormi deux heures dans le 4X4. Nous quittons le lac de Skogonvare pour remonter sur les plateaux montagneux. La piste est de pire en pire. Elle est faîte de vagues tous les 3 à 5 mètres, profondes de 60 cm à 1 m dont les creux sont remplis de neige brassée. Chaque passage d’attelage creuse un peu plus la vague. Les chiens doivent sauter au fond des trous et ont du mal à sortir de cette neige profonde. A chaque vague, je dois pousser le traineau pour le sortir de son creux! Ce trail est un véritable enfer. Au bout de quatre heures, Sandra a les muscles tétanisés et ne peut plus courir. Je suis obligée de la mettre dans le traineau  et c’est pire pour ceux qui tirent. Fatiguée de pousser un traineau si lourd en dehors des trous, je la réattelle 2 heures plus tard mais elle n’en peut plus et se couche sur la piste au bout d’un quart d’heure. Je la remets dans le traineau. Je suis malade de voir mes chiens  se débattrent dans la mélasse pour  nous tirer. Nous passons une première chaine de montagne mais une autre nous attend! Dans les montées raides, les trous sont moins profonds et plus espacés , mais dès que c’est plat ou que ça descend, les vagues recommencent de plus belle. Je double une femme avec deux chiens dans son traineau: je ne sais pas comment elle pourra terminer l’étape…Je suis très stressée à l’idée qu’un deuxième chien craque… ILs sont très courageux. Tirer à sept un traineau  de 50 kgs, plus un chien dans le basket, dans ces conditions, relève de l’exploit! Je me suis arrêtée pour snacker et les chiens ne veulent pas redémarrer; ils sont dégoutés. Il ne faut pas les laisser s’arrêter plus que quelques minutes; si ils se couchent, leurs muscles se refroidissent et ils ont encore plus de mal à repartir. Je prends donc la tête et marche avec Dallas et Chaussette. Au bout d’une demi heure, ils acceptent de repartir et je retourne sur mon traîneau! Je double plusieurs attelages arrêtés dont les chiens semblent  épuisés. Après 8 heures de piste défoncée, nous descendons vers le checkpoint et les chiens reprennent le moral. C’est toujours le même scénario et les chiens le connaissent bien maintenant. On quitte le checkpoint pour gravir les montagnes, on reste sur les plateaux soufflés et désertiques pendant des heures puis on redescend, les arbustes sont de plus en plus nombreux , on suit un lac ou une rivière et on arrive au checkpoint suivant. Je remonte le lit d’une rivière sur plusieurs kilomètre et double, avec mes sept chiens, un attelage de 14 chiens parti deux heures avant moi… Enfin le checkpoint de Lévajok après 10h06  sur le trail. Le vétérinaire de la course examine Sandra et ne la trouve pas en trop mauvais état; je la laisse dans mon team pour le moment, je prendrai la décision de la garder ou non après quelques heures de repos.


 
Arrivée à Lévajok
4ème étape: Lévajok-Karajok  83 Kms
    Je me prépare à 23h pour faire cette étape qui s’annonce plus facile que la précédente. la piste est tracée sur la rivière et la neige est dure. (Nous sommes maintenant loin de la mer et derrière les montagne qui nous protègent de son influence). Je décide de prendre Sandra; si elle ne tient pas jusqu’au bout, la mettre dans le basket ne me pénalisera pas trop car la piste est plate. Le temps est clair et une magnifique aurore boréale enflamme le ciel pour mon départ! Au bout d’un kilomètre, Sandra est toute raide et ne peut plus tirer! Je suis obligée de la mettre dans le traineau. Je ne suis pas trop inquiète car la piste est rapide et les chiens avancent sans problème.  Au bout de trois heures, une tempête de neige se lève. J’ai du mal à voir le balisage qui est plutôt léger. La rivière est très large, il y a des traces un peu partout et je ne suis pas sûre d’être sur le bon chemin. Je distingue de plus en plus mal la piste à travers les flocons éclairés par ma lampe frontale. Je suis une piste avec de nombreuses traces de pattes de chiens mais n’aperçois plus de stick. Au bout d’une vingtaine de minutes, je me trouve sur la rive gauche, en Finlande (!) dans un cul de sac. Les nombreuses traces montrent que plusieurs attelages se sont trompés et ont fait demi tour ici. Je reviens sur mes pas et fais plusieurs kilomètres avant d’apercevoir un stick de balisage au loin, sur la gauche. J’ai perdu une demi-heure. La neige redouble et je dois faire très attention aux trous d’eau persistant sur la rivière là où le courant est trop fort pour qu’elle gèle…La neige fraîche  glisse guère et je dois patiner sans cesse pour aider les chiens. Sandra est dans le basket depuis le début. J’essaie de la réatteler mais en vain, elle se fait trainer…Cette étape  me semble particulièrement longue! J’aperçois la ville de Karajok mais le checkpoint est encore 5 kms plus loin . Après 80 kms, chaque kilomètre supplémentaire est long! J’arrive à Karajok à 7h07 après 7H47 de course. Je vais essayer de repartir assez tôt pour faire la prochaine étape en partie de jour. C’est psychologiquement moins dur quand les troupes sont fatiguées!


 
                           Arrivée à Karajok                                                                               Sandra dans le Traineau
5ème étape: Karajok-Jergul  76 Kms
    Je repars à 12h54 avec 7 chiens. J’ai laissé Sandra. Dallas sera seul en tête. Il est assez fatigué car ses selles sont très molles depuis le début de la course; nous ne pouvons pas le soigner. Tout médicament est interdit sur les courses norvégiennes! Au bout d’une heure de course, il vomit  plusieurs fois, mais continue malgré tout à mener l’attelage! Nous remontons sur un haut plateau désertique. On dirait la banquise. La neige ventée et croutée forme des vagues. Il n’y a pas âme qui vive, ni la moindre trace de végétation. C’est impressionnant de désolation! Dallas est pris d’une violente diarrhée; il fait de l’eau, se vide et je suis malade de le voir dans cet état. Courageux, il continue. Golja est de plus en plus raide des postérieurs; il ne finira pas l’étape. Je le laisse le plus longtemps possible attelé car il est très lourd et si je dois le mettre dans le sac à chien, il ne  me restera que  6 chiens pour tirer  un traineau déjà bien chargé… Je suis stressée à l’idée que Dallas craque; j’aide les chiens au maximum, je patine sans cesse. Golja ne peux plus du tout courir au bout de 4 heures et je dois le mettre dans mon traîneau.  Une heure et demi plus tard, la piste commence à descendre et nous voyons bientôt les premières végétations. C’est amusant de voir comme les chiens reprennent alors le moral et accélèrent la cadence!  Je suis agréablement surprise d’arriver déjà au checkpoint. Les chiens terminent bien l’étape malgré l’énorme Golja dans le traineau. La diarrhée de Dallas s’est finalement calmée et je reprends le moral. J’ai mis 5h58. Je vais faire un arrêt de 8 à 9 heures pour que les chiens récupèrent bien et soient en état de terminer la course sans m’arrêter à Joatka, soit 135 kms. Je donne Golja à Philippe; la course est terminée pour lui. Il a des contractures importantes des quadriceps et a du mal à se déplacer. Les deux chiens de Reijo manquaient d’entrainement malgré les 600 kms qu’ils ont fait avec moi avant la course.


         Checkpoint Jergul         

 

6ème et 7ème étapes: Jergul- Joatka-Alta  135 Kms

    Je repars à 4h08 du matin avec seulement 6 chiens et toujours le même poids dans le traineau! Je remonte une rivière pendant deux heures jusqu’à sa source. Il fait très froid . Je continue en direction d’un immense haut plateau qu’il faut traverser pendant plusieurs heures jusqu’à Joatka. Les chiens ne sont pas rapides mais très réguliers. Un attelage m’a doublé rapidement le long de la rivière mais je le redouble au bout de 4 heures!  Je double progressivement trois concurrents partis deux heures avant moi. Leurs chiens sont en train de craquer. J’arrive à Joatka au bout de 6h16; plusieurs mushers se sont arrêtés. Je signale au contrôleur que je repars immédiatement après avoir signé ma feuille d’arrivée. J’explique aux chiens qu’on arrive bientôt, que c’est la dernière étape! Ils m’ont parfaitement comprise et pendant les quelques minutes d’arrêt, ils hurlent pour continuer!!  Dallas reconnait le trail que nous avons fait le premier jour et accélère la cadence. Encore deux heures dans les montagnes et j’entame la dernière descente. Elle est très raide et il faut être debout sur les freins. Après 9 heures de course, je dois descendre au trot sinon les chiens vont se blesser dans les nombreux trous formés par les motoneiges. Arrivée sur la grande rivière  qui rejoint Alta, il ne reste que 15 kms. La neige est moins molle qu’au départ et les chiens sentent la fin! Je suis très heureuse de finir cette course. 24 heures plus tôt, je n’en était pas du tout sûre!  On dit toujours que les huskies s’économisent. Les miens se sont donnés  sans compter, jusqu’au bout. Je passe la ligne d’arrivée après 3 jours de course très éprouvants. Je remercie chaudement mes chiens. Est ce que je mérite tant de dévouement de leur part…? Le responsable de la course vient m’annoncer que je suis le premier attelage de huskies de sibérie à franchir la ligne  d’arrivée. Il me félicite chaleureusement.


  

         Toujours des montées…                                                                                 Le derniers kilomètres